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Serge Damotte à gauche

 

Jean Bretonnel, Philippe Philippi, Jean Traxel, José Jover ont écrit l'histoire de la boxe. Les plus grands boxeurs français sont passés entre les mains de ces managers mythiques. Tous ont quitté la scène. Tous non ! A 69 ans, Serge Damotte est encore présent...

Philippe Taron | 15 Mars 2002, 00h00

 

http://www.leparisien.fr/val-de-marne/serge-damotte-quitte-le-coin-28-04-2006-2006942941.php

 

1948 : SERGE DAMOTTE a 15 ans. A l'école, la matière qu'il apprécie le moins, c'est la récré. « Je pesais 47 kg, et me faisais chambouler par les autres. Alors, j'en ai eu marre et un jour, j'ai suivi un copain à la salle de boxe. » En poussant la porte du club, Serge écrit sans le savoir la première ligne d'une longue et belle histoire qui va l'unir à tout jamais à la VGA Saint-Maur.

« Je voulais juste devenir plus costaud, en faisant de la culture physique. Mais le prof de boxe, Marcel Cruchet, m'a incité à mettre les gants. » L'époque est dure, on ne traîne pas en chemin. « J'ai livré mon premier combat à Bonneuil deux jours après avoir fêté mes 16 ans. Il fallait accuser 48 kg sur la bascule, j'étais à 47,9 kg. Le délégué m'a tout de même autorisé à combattre. J'ai gagné par KO. Le plus fort de l'histoire, c'est que je me suis retrouvé en photo dans le journal le lendemain, tout simplement parce que je boxais contre un noir. A l'époque, il n'y en avait pas beaucoup dans la boxe. » Sa carrière est lancée. 80 combats amateurs, livrés dans sept catégories différentes de 1949 à 1955, jalonnent son parcours. « J'ai commencé en poids mouche, et fini en super-welters. Je me suis cassé la main, et ma femme m'a dit que je ferais mieux d'arrêter. Je lui ai répondu d'accord. Je vais m'occuper des jeunes de la VGA Saint-Maur. Elle croyait sans doute me garder plus souvent à la maison. Et puis » Le destin bascule. Marcel Cruchet tombe malade, et cède la place à Serge Damotte. « Je suis devenu manager avant d'être entraîneur diplômé. Mon premier boxeur pro s'appelait François Soto. Un poids moyen qui a boxé des pointures comme Fabio Bettini et Jacques Marty. Il a d'ailleurs battu ce dernier deux fois. » Dès lors, Serge Damotte entre dans la cour des grands. Vingt-cinq pros boxeront sous sa houlette. Dans cette liste, certains occupent une place à part. Marceau Lemelle tout d'abord. « Un bon mi-moyen vers le milieu des années soixante ! Lorsqu'il a arrêté sa carrière, il est devenu mon adjoint et s'est notamment occupé de Bruno Girard qui conquit les titres européens et mondiaux. » Jean-Baptiste Piedvache aussi. « C'était mon premier grand champion. Il avait 15 ans lorsqu'il a débarqué à la salle. Il m'a dit qu'il voulait devenir un champion. Je n'ai pas été déçu. A l'entraînement, il travaillait comme une bête pour réussir. Sa détermination lui a permis de devenir champion de France, puis d'Europe des super-plume. » Ludovic Proto a également remporté un titre de champion d'Europe alors qu'il se trouvait sous la coupe de Serge Damotte. « Il m'est arrivé en 1988. Il sortait du bataillon de Joinville et préparait les jeux Olympiques de Séoul. C'est Acquaviva qui me l'avait amené. Il a livré 40 combats pros, et je l'ai managé 36 fois. » Impossible de tous les citer, il faudrait écrire un livre. Un mot tout de même sur le petit dernier de la classe : Xavier Noël. « Encore un qui m'est arrivé à 15 ans. Il en a maintenant 25, et deux titres de champion deFrance amateurs des 67 kg en poche. Il prépare les Championnats d'Europe qui auront lieu en juillet. Ensuite, on verra s'il passe pro ou s'il mise sur les jeux Olympiques 2004. La décision lui appartiendra le moment venu. » 2004 : ce sera peut-être pour Serge Damotte l'heure de tourner la page, et de prendre une retraite bien méritée. Avec des souvenirs plein la tête. « J'ai travaillé avec les plus grands managers, Bretonnel, Philippi, Traxel, Jover ; connu les champions les plus célèbres. Pour moi, Marcel Cerdan reste le modèle. Robinson aussi. Un seigneur dans la vie comme sur le ring. J'ai côtoyé des stars comme Delon, Belmondo, Carmet, Macias, et pas mal voyagé. Tout ne me plaît pas dans la boxe, mais elle m'a gâté ! »

Serge Damotte quitte le coin

A 73 ans, l'entraîneur de la VGA Saint-Maur tire sa révérence après plus d'un demi-siècle passé autour des rings. Une carrière exceptionnelle débutée par un KO !

LE MOT EST encore difficile à prononcer. Mais Serge Damotte a enfin décidé de se consacrer à cette fameuse retraite. « J'ai donné 58 ans de ma vie à la boxe. J'étais un artisan qui transmettait l'amour de son sport. Tout ne m'a pas plu, mais j'aiété gâté. » S'il emploie désormais le passé, l'entraîneur de la VGA Saint-Maur (73 ans) s'est donné comme dernière mission d'organiser ce soir le match amateur opposant la France à l'équipe
espoir de Cuba (avec trois champions du monde juniors 2005).

Une grande affiche en guise d'adieu.

« Mais j'irai encore quelquefois à la salle pour transmettre le flambeau à Willy (Pronzola) et Toufik (Sehil). Après, il faudra que je rattrape le temps perdu avec ma femme qui dîne seule depuis si longtemps. »
Tout a commencé un jour de 1948. Le paradoxe veut qu'un KO le conduise dans une salle de boxe. « Un ballon de foot en pleine figure, se souvient-il. J'avais 15 ans et je ne pesais que 47 kg. Mon but était de devenir plus costaud. » Mais un an plus tard à Bonneuil, quelques mois avant la disparition de son idole Marcel Cerdan, il enjambe les cordes d'un ring pour signer sa première victoire... par KO.
Sa photo est dans le journal du lendemain, « parce que mon adversaire était un noir, ils étaient peu en boxe à l'époque ». Il livre ensuite une
cinquantaine de combats amateurs, des poids mouche aux super-welters, mais raccroche pour épauler son professeur Marcel Cruchet, qui succombera très vite des suites d'une longue maladie.
« A 25 ans, je me suis retrouvé seul pour diriger la salle. Un peu plus tard, j'ai été le plus jeune manager de France aux côtés de Bretonnel, Traxel, Jover et Philippi. » Avec François Sotto,Marceau Lemelle ou Claudie Lancastre, Serge Damotte fait ses preuves chez les pros. Jean-Baptiste
Piedvache lui offre ses plus grandes joies avec ses titres de champion de France et d'Europe des super-plume à la fin dans les années 1970, imité vingt ans plus tard par le welter Ludovic Proto.
Vingt-six pros ont été sous les ordres de ce chef de chantier dans le civil également très en vue avec ses amateurs. Xavier Noël et Jean Gomis, ses deux derniers fleurons, lui offriront ce soir ses ultimes sensations d'entraîneur, avant le dernier coup de gong.

France - Cuba,  ce soir (20 heures) au centre sportif Pierre-Brossolette à Saint-Maur. Dix combats avec notamment Jean Gomis, Xavier Noël (VGA Saint-Maur), Samy Anouche (CSL Aulnay), John M'Bumba (BB Aubervilliers) et Pierre-Remy Rousel (Levallois SC).